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UNE PLANTE
ANTI-DROGUE
En 1964, lorsque j'étais jeune assistant du Docteur Albert
Schweitzer à Lambaréné, au Gabon, celui-ci me conseillait de me
pencher sur une plante très connue, appelée iboga. Elle fut
commercialisée sous !e nom de Lambarène et beaucoup consommée
après la Deuxième guerre, notamment par les cyclistes du Tour de
France. Sa dénomination, dans la classification de Linné, est:
- Tabernanthe iboga.
C'est un petit arbuste des sous-bois de forêt très répandu,
surtout Du Gabon en Guinée équatoriale, au Sud-Cameroun, au
Congo-Brazzaville et à Madagascar. Les Africains le cultivent à
proximité de leurs cases comme plante magique. Les noms
vernaculaires africains sont assez évocateurs "cochon végétal",
racine des dieux, démon d'amour, etc.
Cet arbuste africain, élève jusqu'à 2m50 ses tiges délicates
aux feuilles élégantes, longues de 15 cm environ, Il porte des
grappes de fleurs blanches aux reflets roses qui donnent naissance
à une grosse gousse charnue contenant la graine.
Son appartenance aux apocynacées, famille où l'on trouve le plus
d'alcaloïdes dans le règne végétal, et dont les espèces
abondent dans la forêt équatoriale, en fait un aphrodisiaque et
un stupéfiant, efficace ne provoquant pas d'accoutumance.
II est peu exploité, sauf localement par les indigènes.
D'abord par les guerriers, les chasseurs, puis, pour l'initiation
des garçons à l'adolescence.
L'iboga augmente la résistance au sommeil et permet une meilleure
acuité visuelle nocturne.
On utilise la racine de l'iboga, jaune, noueuse, charnue Cette
drogue constitue un exceptionnel échantillonnage d'alcaloïdes,
dont un bon nombre, employés seuls, ont un usage précis : poison
pour la pêche, vermifuge, remède contre les morsures, les piqûres,
pour favoriser la croissance.
On en extrait trois:
- l'ibogaïne,
- la tabernanthine,
- l'ibogamine.
Ce sont des alcaloïdes indoliques qui sont des stimulants nerveux
et musculaires, antagonistes des barbituriques et qui agissent sur
le comportement.
L'ibogaïne, identifiée par Dybowsky en 1901, est l'alcaloïde
auquel l'iboga doit ses propriétés thérapeutiques; cette
substance cristalline, insoluble dans l'eau, est soluble dans
l'alcool chaud.
Le chlorhydrate d'ibogaïne, forme sous laquelle l'alcaloïde est
utilisée en thérapeutique, est administrée en pilules ou dragées
dosées à 5mg aux doses de 0, 01 à 0, 03 g par jour comme
tonique général, aphrodisiaque, cardiotonique, excitant de la
nutrition.
A faible dose, les écorces de racines produisent des effets
stimulants dans les asthénies physiques et intellectuelles et
sont antitoxiques dans les convalescences des malades
infectieuses.
A forte dose, la racine d'iboga met le sujet en état de transe et
provoque des symptômes semblables à ceux de l'épilepsie. Ce
produit hallucinogène reste cantonné aux cérémonies
d'initiation de diverses sociétés gabonaises. Ainsi, chez les
Bwiti, l'Iboga est un arbre sacré, vénéré lors de cérémonies
secrètes au cours desquelles tous les membres de la tribu
consomment du biribwiti, préparation à base d'iboga, de pulpe de
calebasse et comportant plusieurs autres végétaux., tous
hallucinogènes. Ces rites mal contrôlés, peuvent provoquer des
accidents graves, même mortels
L'analogie de structure de l'ibogaïne avec la catharantine (alcoïde
de la pervenche de Madagascar, anticancéreuse), a conduit
certains chercheurs à préconiser une étude de l'ibogaïne dans
le traitement du sida, maladie en effet peu répandue dans la
population gabonaise adepte de !'iboga.
Depuis quelques années, on s'intéresse à l'action antidrogue de
l'ibogaïne.
En donnant des doses élevées de 500 mg à 1 mg on constate chez
l'héroïnomane et le cocaïnomane un stade d'excitation puis
d'hallucination suivi d'un sommeil profond de quelques heures. Au
réveil, le sujet ne ressent plus le besoin de drogue. II est sevré
en moins de 36 heures ! II y aurait interférence sur les récepteurs
de l'ibagaine avec l'héroïne ou la Cocaïne. Deux brevets ont été
déparés
Cette plante qui est loin d'avoir livré tous ses secrets, réserve
probablement bien des surprises. L'iboga sera peut-être l'arbuste
roi du siècle prochain.
Dr Willem
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