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L'ibogaïne en psychothérapie et dans la lutte contre les pharmacodépendances aux stupéfiants
Robert GOUTAREL, Directeur de Recherche Honoraire au C.N.R.S.;
Otto GOLLNHOFER et Roger SILLANS, ethnologues, C.N.R.S.
(France, Centre National de la Recherche Scientifique)
VII
Expériences de mort imminente
Selon les Mitsogho, les initiés ne verront le Bwiti que deux fois dans
leur vie: le jour de leur initiation et le jour de leur mort.
Cela signifie que les visions à l'approche de la mort, qui sont appelées
expériences de la mort imminente (NDE "near death experiments"),
sont les mêmes que les visions normatives.
Nous savons qu'au moment de mourir, quelques individus voient toute
leur vie défiler devant eux. Chez tous ceux qui sont "rescapés de
la mort", une transformation spectaculaire est observée. Ils ne
craignent plus la mort, ils se sentent plus forts, plus optimistes, plus
calmes et contemplent leur vie plus positivement.
Deux Américains, le psychiatre Raymond Moody 42
et le cardiologue Michaël B. Sabom,52
se sont particulièrement intéressés aux manifestations oniriques des
NDE.
Après une étude statistique de 150 personnes "rescapées de la
mort", M.B. Sabom a établi un tableau de ces manifestations.
Tableau de Sabom
phase autoscopique
1. sentiment subjectif d'être mort
2. paix et bien-être
3. desincarnation
4. Visions d'objets marériels et d'événements
phase transcendantale
5. tunnel et zone sombre
6. Evaluation du passé
7. Lumière
8.Accès à un monde transcendantal. Entrée dans la lumière
9. Rencontre d'autres êtres
10. Retour à la vie
La plupart de ces manifestations ont été rencontrées dans le Bwiti
Mitsogho. A partir du troisième stade, une vision agréable et pacifique,
une désincarnation; le néophyte se sent enveloppé d'un souffle qui le
transporte dans un village inconnu sans commencement ni fin; une vision de
deux Etres extraordinaires, Nzamba-Kana, le premier homme sur la terre, et
Disumba, la première femme. Le village est couvert d'étincelles, une
boule brillante apparaît alors, le soleil, et la lune et les étoiles. Le
soleil se transforme en un magnifique jeune homme, le Maître du Monde, et
la lune, en une belle femme, son épouse, la mère de ses enfants, les étoiles.
Le vent reconduit l'initié sur la terre où il renaît et est salué avec
joie et fierté par les aînés.
Dans le Bwiti Fang, où l'on observe un syncrétisme entre le
christianisme et la religion des ancêtres, il est difficile, en raison
des nombreuses formes divergentes, de décrire un tout cohérent
correspondant aux visions normatives des Mitsogho.
Interviews de jeunes Français
Cependant, des interviews de jeunes blancs de France qui ont souhaité
expérimenter l'initiation au Bwiti Fang, montrent une série de visions
caractéristiques de leur culture occidentale et généralement chrétienne
et qui pour la plupart s'accordent avec le tableau de Sabom.
Ainsi, dans le récit d'un jeune homme nommé Christophe, après
quelques visions personnelles de type freudien et quelques visions
influencées par le Bwiti Fang, il y a la description suivante: un blanc
absolu, un bleu incroyablement lumineux, la joie et la perfection du bleu,
un son grave et caverneux, une lumière brillante traversant le front
comme un troisième œil, choses vues dans l'astral, la vision d'un monde
spirituel qui ne peut être vu avec le corps, un énorme soleil alimenté
par nos particules, lumière dont nous faisons partie, le paradis qui ne
peut être atteint qu'à travers l'esprit, la perception d'une enveloppe
l'empêchant de rejoindre le monde spirituel, etc.
Les visions, à la fois dans le Bwiti Mitsogho et le Bwiti Fang,
semblent être dominées par l'impression de lumières brilantes que nous
trouvons dans le second stade décrit par H.S. Lotsof dans son premier
brevet 39 (H.S. Lotsof, U.S.
Patent 4, 499,096, Feb. 12, 1985).
Après un premier stade caractérisé par des visions de type freudien,
le second stade est marqué par une énergie importante pendant laquelle
de la lumière ou de brefs éclairs lumineux dansent autour du sujet.
Pendant cette période, des pensées continuent qui semblent amplifier la
signification des visions observées pendant la première phase. C'est la
période des questions-réponses décrites par un des sujets traités par
la méthode Lotsof.
Ce qui est important, c'est que la phase lumineuse des questions-réponses
soit suivie d'un sommeil réparateur dont le patient se réveille en
grande forme et avec une nouvelle confiance en soi.
Lotsof note que les deux premiers stades durent ensemble de 24 à 48
heures, voire davantage, suivies par 3 ou 4 heures de sommeil. Ce besoin réduit
en sommeil peut continuer de 1 à 4 mois.
La persistance de cet effet à long terme est en accord avec l'hypothèse
(I.M. Maisonneuve, 1991; S.D. Glick, 1991) d'un métabolite d'une longue
durée de vie.
Certains sujets traités selon Lotsof, gardent pour un temps assez long
l'impression d'être sous l'influence de l'ibogaine.
Une jeune femme hollandaise écrit: "J'ai perdu beaucoup d''intérêt
pour les drogues en général, parce que l'effet de l'ibogaine va au-delà
de leurs effets, même si ce n'est pas nécessairement d'une manière agréable,
" et "Jusqu'à quatre mois après le traitement, j'ai gardé très
intensément, l'expérience des couleurs et de la lumière.
La conclusion du rapport fait récemment par cette femme de 25 ans, 6
mois après son traitement par l'ibogaïne, montre bien que cet alcaloïde
n'agit pas comme le substitut d'une drogue, type méthadone, mais par une
modification réelle de ce qu'elle nomme son "addictive ego:"
"Ibogaine was a mental process for me, a sort of spiritual
purification and a truth serum of which I had to experience its results
through time. It's only now, after six months, that I can say I am not
addicted anymore. It takes time to admit that there is no way back. Ibogaïne
is not the solution in itself, although it takes away withdrawal
completely. Ibogaïne helps you to realize that all knowledge is avalaible
to cure yourself through will power. It's up to you if you are
ready to give up your addictive ego .."40
La décision récente du National Institute on Drug Abuse (NIDA)
d'ajouter l'ibogaïne à la liste des drogues dont l'activité dans le
traitement des toxicomanies doit être évaluée, devrait conduire les
autorités compétentes des pays européens à s'engager dans la même
voie. Ceci s'applique à la France en particulier, où les recherches sur
l'iboga et ses alcaloïdes ont commencé à la fin du dix-neuvième siècle
et ont continué bien au-delà de la seconde moitié du vingtième siècle.
Si l'on considère l'ensemble des recherches pharmacodynamiques et
cliniques faites sur l'ibogaïne, on constate que cet alcaloïde est une
des clefs du domaine passionnant et actuel des neurosciences, en
regrettant qu'il ait été injustement condamné comme hallucinogène et
souhaitant que soit créé un organisme pluridisciplinaire
regroupant ethnologues, médecins, psychiatres et psychologues, chimistes,
pharmaciens et pharmacologues et, pourquoi pas, journalistes spécialisés,
pour que soit donné un avis définitif sur les propriétés thérapeutiques
de l'iboga et de l'ibogaïne dont l'utilisation doit poser d'importants
problèmes d'éthique médicale.
En soulignant le double intérêt de l'ibogaïne :
1)-antidépresseur IMAO à action rapide, modérateur de la dopamine et inhibiteur de la cholinesterase (dont on commence à entrevoir l'importance) aux doses dites thérapeutiques.
2)-A doses dites subtoxiques, puissant outil d'exploration du cerveau, par l'intermédiaire du rêve conscient à l'état de veille, qui permettra peut-être de donner une réponse à la question de Francis CRICK:" Qui regarde l'écran de télévision que nous avons dans la tête?"(10)
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