PHARMACODYNAMIE ET APPLICATIONS THERAPEUTIQUES
DE L'IBOGA ET DE L'IBOGAINE




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L'ibogaïne en psychothérapie et dans la lutte contre les pharmacodépendances aux stupéfiants

Robert GOUTAREL, Directeur de Recherche Honoraire au C.N.R.S.;
Otto GOLLNHOFER et Roger SILLANS, ethnologues, C.N.R.S.
(France, Centre National de la Recherche Scientifique)

 

 



V

L'ibogaïne pour combattre la dépendance aux drogues selon Howard Lotsof
(32, 33, 34, 35, 36, 37)



Au début des années 1960, un jeune américain Howard LOTSOF, au cours d'une drogue-partie avec quelques amis, proposa à six d'entre eux l'essai d'une dose unique - environ 500mg - d'ibogaïne.

Bien que l'intérêt pour l'ibogaine puisse avoir démarré avec cette drogue-partie, étant donnés les effets particuliers de l'ibogaïne, il devint rapidement évident qu'elle n'était pas une substance appropriée pour de telles séances. Il s'en suivit une période de tâtonnements de six mois pour établir que la dose efficace d'ibogaine était de l'ordre de 1 mg/Kg à 19 mg/Kg, à la fois chez les sujets toxicomanes ou non toxicomanes.

Cinq d'entre eux abandonnèrent complètement l'usage des drogues pendant au moins six mois, autant qu'il fut possible de les suivre.

Quant au jeune LOTSOF, définitivement guéri, il construisit sa vie et bien qu'il ne fut ni médecin, ni psychologue, il rêva ("I had a dream," me dit-il la première fois que nous nous rencontrâmes, paraphrasant le pasteur Luther KING), il rêva d'être celui qui contribuerait à la guérison des toxicomanes en leur faisant connaître l'ibogaïne.

H. LOTSOF rassembla toute la documentation accessible sur l'iboga et l'ibogaïne et, en bon américain et homme d'affaires, créa une Société, NDA international, ayant pour but, d'une part une mission humanitaire, d'autre part, la commercialisation d'une spécialité pharmaceutique, Endabuse, composée de gélules de chlorhydrate d'ibogaïne.

En 1985, H. LOTSOF prit un brevet aux Etats-Unis : Rapid method for interrupting the narcotic addiction syndrome (H. Lotsof, 1985)39 suivi d'un autre en 1986 : Rapid method for interrupting the cocaïne and amphetamine addiction syndrome (H. Lotsof, 1986)38 puis en 1989 et en 1991, de deux autres brevets: Rapid method for attenuating the alcohol dependency syndrome. (H. Lotsof, 1989)37 et en 1991 pour " Rapid method for interrupting or attenuating the nicotine/tobacco dependency syndrome. (H. Lotsof, 1991).40

L'interruption du syndrome de dépendance à l'héroïne a été obtenue chez 5 sujets sur 7 parmi ceux décrits dans le 1er brevet.

Un traitement unique par l'ibogaïne ou le chlorhydrate d'ibogaïne administrés par voie orale à une posologie allant de 6 mg/kg à 19 mg/kg a permis d'interrompre pendant au moins 6 mois l'usage de l'héroïne.

La durée du traitement est d'environ 30 heures, l'ibogaïne exerçant un effet stimulant pendant cette période. Un processus abréactif intervient au cours du traitement mais ne devient évident qu'au réveil d'un sommeil naturel qui se produit chez le malade après la diminution des effets primaires et secondaires de l'ibogaïne.

Les toxicomanes n'ont plus envie de prendre de l'héroïne et ne présentent pas de signes perceptibles de privation physique. Les sujets sont détendus et s'expriment de façon cohérente. Ils font preuve de sentiments de confiance en soi.

LOTSOF expose les effets de l'administration de l'ibogaïne par voie orale et divise ces effets en 3 stades, comparables aux quatre stades du Bwiti Mitsogho décrits par O. GOLLNHOFER.

Ces trois stades sont parfaitements décrits dans l'interview faite, par le journaliste Max CANTOR,36 d'un sujet, âgé de 44 ans et cocaïnomane depuis plus de huit ans, traité selon le procédé LOTSOF.

1er stade: 15 à 20 min. après le début du traitement, diminution de la sensibilité cutanée avec bourdonnements d'oreilles et oscillations sonores. Les objets semblent vibrer de façon intense.

Les premières visions apparaissent après une heure. Subitement, sur les murs, apparaît un écran sur lequel le sujet voit défiler des images qui peuvent être des archétypes, animaux plus ou moins déformés, abîme éclairé d'une lumière fulgurante etc., ou des épisodes plus personnels ayant trait soit à l'enfance, soit à des événements plus récents.

Le sujet peut interroger les personnages, s'identifier à l'un d'eux, être en même temps spectateur et acteur. Il a la vision d'un film sur son subconscient et sur ses souvenirs refoulés. Il regarde ce qui est à l'intérieur de soi.

2ème stade : 5 à 10 h. après, les visions cessent et la sensibilité cutanée commence à réapparaître. Ce stade est marqué par une énergie singulière, qui dure de 5 à 8 heures, pendant lesquelles le sujet voit des éclairs qui dansent autour de lui. Puis vient la période que le sujet appelle celle des questions-réponses. Il analyse les visions dont il a conservé la mémoire, cherche une interprétation et peut communiquer avec son entourage.

L'ibogaïne lui montre où se trouve son problème. Il a l'impression d'une remise à zéro. Tout s'efface, tout devient clair et net. Il sait à quel moment sa vie a mal tourné et ce qu'il doit faire pour regagner la bonne route.

Cette période des questions-réponses peut durer 20 heures, pendant lesquelles le sujet reste sous la surveillance d'un médecin.

3ème stade : Le sujet s'endort pendant deux heures et se réveillera en pleine forme, avec une nouvelle confiance en soi, n'éprouvant plus le besoin d'aucune drogue.

M. LOTSOF, qui nous a connus, O. GOLLNHOFER, P. POTIER (membre de l'Académie des Sciences, Professeur au Museum d'Histoire Naturelle de Paris, Directeur de l'Institut de Chimie des Substances Naturelles, C.N.R.S., Gif-sur-Yvette 91190 Essonne, France) et moi-même, grâce à sa documentation bibliographique, est venu en France et nous a contactés.

Nous avons pu avoir quelques rendez-vous, avec M. LOTSOF, au Ministère de la Santé, Mme BARZACH étant Ministre. Nous devons dire que nous avons été reçus avec courtoisie et quelque scepticisme. Et puis les Ministres passent...

Notre impression était que les personnes consultées, toujours sous l'impression des échecs du LSD, ont eu constamment peur d'une bavure dont on les aurait tenus responsables.

Et pourtant, à la même époque, dans le Figaro Magazine du 14 Février 1987, on trouvait une enquête sur un traitement de choc administré par les moines bouddhistes du Monastère de Tham Krabok en Thaïlande qui resssemble à s'y méprendre à ce que l'on observe lors de la manducation de l'iboga.

Une séquence spectaculaire présentée à Mme BARZACH et reproduite par la télévision, lors de l'émission 7/7 de Mme SINCLAIR, était celle des vomissements des patients qui, d'après le présentateur, devaient évacuer les poisons qu'ils avaient en eux. Malheureusement, le médicament était tenu secret et l'on disait que le Ministre CHALANDON avait envoyé sur place un observateur pour connaître ce secret. Ce secret nous paraît évident et nous connaissons des Apocynacées asiatiques renfermant des dérivés de l'ibogaïne qui selon toute vraisemblance ont les même vertus onirophréniques que celle-ci.

A l'heure actuelle M. LOTSOF, qui est allé récolter une certaine quantité d'Iboga au Gabon, poursuit ses expériences en dehors des USA grâce à certaines dérogations spéciales. Il obtient d'excellents résultats dont la presse locale se fait l'écho. Nous possédons plusieurs interviews de sujets qu'il a pu guérir.

Grâce à lui, des recherches fondamentales sont menées à l'Université Erasmus de Rotterdam, à l'Institut Nathan Kline d'Orangeburg, N.Y., à l'Albany Medical College, Albany, N.Y. et par l'intermédiaire du Comité sur les problèmes de Toxicomanies du N.I.H., Bethesda, Maryland, ayant pour but l'investigation des différents systèmes de l'organisme, SNC en particulier, dans lesquels l'ibogaïne est impliquée. Les chercheurs de l'Albany Medical College viennent de montrer que l'ibogaïne bloque la stimulation, induite par la morphine, de la libération de la dopamine mesolimbique et striatale 40

Les résolutions de l'Assemblée Mondiale de la Santé de 1967-68 classent l'ibogaïne parmi les drogues susceptibles d'engendrer une pharmacodépendance ou de porter atteinte à la santé de l'homme.

Somme toute, cet alcaloïde avait été condamné sous l'accusation d'être un hallucinogène semblable au LSD, dont on connaissait, depuis peu, les dangers que cette drogue fait courir à ceux qui en usent.

Cependant, le fait est que, même si l'ibogaïne peut être considérée comme un hallucinogène (onirophrénique), elle n'engendre aucune pharmacodépendance, et il a été prouvé qu'elle supprime la dépendance aux opiacées, aux amphétamines, à la cocaïne, au LSD et même à l'alcool et au tabac.

Quant à "porter atteinte à la santé de l'homme", l'expérience des Gabonais montre qu'il n'en est rien, au contraire.

Le décret de 1967-68 n'a jamais fait cesser le commerce illicite des amphétamines (la fameuse pilule ectasy) non plus que du LSD. Cependant on ne trouve jamais sur ce marché, iboga ou ibogaïne.

D'après DHAHIR (1971),16 l'apparition de l'ibogaïne sur le marché illicite de la drogue a été signalée en 1967 aux USA par la police du Comté de Suffolk et d'après Haight ASHBURY, elle aurait été utilisée par de jeunes drogués à San Francisco comme substitut du LSD.

L'ibogaïne a subitement disparu du marché et il semble que les marchands de drogue se soient rapidement aperçus que son usage les priverait d'une partie de leur clientèle.


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