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Séminaire Iboga
Déjà
trois semaines que j’ai reçu l’initiation au Bwiti. Des souvenirs
s’estompent, d’autres ressurgissent.
Je
remercie celui qui m’en a parlé le premier et qui m’a offert d’aller
dans la Drôme, en France, à le rencontre du Nganga Mallendi. Je dédie ce
témoignage à ceux qui se croient perdus, ceux qui pensent mourir bientôt
et à Milonga.
Comment
vont les choses de la terre ? Le printemps a une saveur et un éclat
particuliers pour moi cette année. Je peux entendre/lire/sentir les
messages que m’envoient les plantes. Dès le deuxième jour, en me
promenant dans les environs de l’initiation, les primevères et les
violettes parsemées dans les prés ou sur les bords des chemins me
parlaient en couleur. Malgré le ciel couvert et la neige fondue qui
tombait, elles avaient l’éclat d’un jour de plein soleil. Au détour de
ces chemins, j’ai rencontré mon frère, le pin voyageur. Plus loin,
j’ai hurlé à la mort et pleuré sur des hêtres qui venaient d’être
abattus sur l’autre versant de la montagne. En descendant par les champs,
les chênes encore secs de l’hiver m’instruisaient. Les plus jeunes se
moquaient de moi en dansant. Je continue à communiquer avec les plantes qui
m’entourent ici à Bruxelles; j’observe, étonné comme jamais et
joyeux, la floraison et l’arrivée des feuilles. Je me réjouis de
traverser le parc chaque matin pour aller au travail à Forest.
Je
suis venu à l’initiation bwiti avec deux questions: comment lâcher cette
volonté de contrôle ? comment ouvrir plus mon cœur ? J’ai reçu
des réponses, au delà de mes questions.
Je
me suis vu très vieux, proche de la mort, et très jeune, encore
nourrisson, seul sur un sol froid. J’ai pris ce bébé dans mes bras et je
l’ai réchauffé, cajolé, aimé. J’ai
retrouvé Margot, la jument de mon grand-père, morte ou vendue lorsque
j’avais un an et demi ou deux. Je n’avais d’elle aucun souvenir
conscient, seulement des photos où l’on me voit dans ma poussette sous
les naseaux du cheval. Je l’ai
vue dès la première nuit. Le matin, en me promenant dans les bois, une
carcasse de cheval brûlée m’est apparue dans un amas de branches et de
souches. Je compris à travers ces différentes visions que ce cheval
disparu était à l’origine d’une volonté de contrôle et d’une
agressivité qui faisaient que j’étais toujours «chez les autres» et
rarement «chez moi ».
La
musique que jouait le Nganga (arc musical et harpe) était d’une richesse
et d’une douceur infinies. L’aède jouait de la harpe pendant que
l’iboga me racontait l’histoire de la terre, une histoire très
ancienne, triste et caressante. Mallendi jouait seul pourtant l’arc
musical démultipliait les registres : je pouvais entendre quatre
instruments différents. C’est lui qui m’a suggéré ces milliards de
fourmis microscopiques qui chacune nettoyait une de mes cellules en dansant
sur le rythme avec la musique. Ce sont elles qui m’ont entraîné dans une
danse régénératrice, au centre de la pièce, face aux musiciens.
J’ai trouvé dans cette danse une flexibilité et une précision
inconnues jusqu’alors.
La
deuxième nuit, j’eut beaucoup de peine à accepter ma gueule enfarinée
dans le miroir. Pour y échapper, je jouais l’enfant gâté qui s’énervait
en hurlant des insanités dans la bassine et en la jetant devant lui parce
qu’il ne parvenait pas à vomir comme tout le monde. Dans le miroir, il y
avait un vieux insupportable, l’air vague et suffisant. La peur de
vieillir, la peur de mourir, tout était là. Et rien d’autre. Sauf
parfois un éclat métallique et assassin qui passait dans le regard, l’œil
du requin. En même temps que cette vision nauséeuse et infernale, des
souvenirs affluaient à mon esprit à une vitesse record, beaucoup plus vite
que la première nuit; tellement vite que je n’avais guère le temps de
faire de lien entre eux ou de relier ces objets, ces moments, à une
histoire. Un peu comme le contenu d’un grenier immense où personne ne
pourrait plus reconnaître les vies ou les gens derrière les objets eux-mêmes
sans aucun lien entre eux. Tout ce que je pouvais faire c’était jeter.
Jeter, jeter, jeter …Je me demande bien ce que je foutais avec tout
ce brol dans ma tête.
A la
fin de la deuxième nuit je commençai à m’inquiéter. J’étais censé
construire : je n’avais fait que me voir, visiter et jeter (mais pas
vomi). Je m’entendis alors demander à Mallendi, presque sans hésitation
et étonné de ma propre question, « tout ce que j’ai jeté à laissé
une forme dans mes neurones, comment dois-je faire pour que cette structure
aussi disparaisse et que mon cerveau retrouve sa configuration originelle? »
autrement dit, pour utiliser une image qui va mieux avec l’engin que
j’utilise en ce moment, j’avais écrasé les fichiers ou les programmes,
comment devais-je faire pour supprimer les répertoires dans lesquels ils se
trouvaient ? Il me répondit. Je suivit son conseil…
Je
trouvais alors une douceur incommensurable. Mon pauvre cœur malmené
s’ouvrait à moi. Mon regard changeait, les paupières plus lourdes,
devenait plus doux. De ma bouche entrouverte s’échappait un souffle ténu
qui venait du coeur. Oh, mon pauvre cœur! c’est comme si je retrouvais un
ami perdu de vue depuis très, très longtemps. Ce cœur nu, si timide,
paraissant si fragile, je l’avais mis sous scellés. Il attendait depuis
des années pour apparaître, se manifester.
Pour
une raison que je n’ai pas élucidée, j’ai fait le chemin prévu par
l’initiation quasiment à l’envers. J’ai surtout construit la première
nuit et surtout détruit la seconde. J’ai traversé cette nuit là ce que
les autres avaient traversé la première; après seulement j’ai pu
comprendre leur abattement, leur sentiment de vide et, pour certains, leur
crainte au début d’une deuxième nuit avec l’Iboga.
Dans
mon corps aussi, la plante a fait le chemin à l’envers. N’ayant pas
vomi, les glaires sont sorties par l’autre extrémité du tube digestif.
Cette distinction ne m’a pas empêché de ressentir une grande tendresse
pour mes compagnes et compagnons d’initiation. Je peux les considérer frères
ou sœurs sans difficulté, alors que la fraternité est quelque chose qui
m’avait toujours mis mal à l’aise bien qu’elle s’affichait au
fronton des écoles républicaines. Le
vomir ensemble comme socle du vivre ensemble ? Je sais en tout cas que
je ressentais une grande joie à les entendre vomir au point de rire encore
à ce souvenir, comme je riais aux premiers vomissements de chaque nuit
d’initiation. Vous comprenez alors ma frustration de n’avoir pas pu
participer à ces émonctions.
Dès
le deuxième jour, j’ai eu le sentiment d’avoir reçu un précieux trésor
en partage. Je ressens encore une immense gratitude. Dieu merci, l’Afrique
a gardé ce secret, par delà les guerres, l’esclavage et la colonisation,
et le met aujourd’hui à notre portée d’occidentaux ignares en la matière.
Nous avons peut-être tout pensé mais nous avons laissé notre corps loin
derrière. Perdant ce rapport élémentaire, nous avons perdu notre rapport
à la terre et continuons à la détruire, inconscients.
Le paysage primitif de la Gran Sabana, au Venezuela, me disait quand
je l’ai rencontré cet hiver : «la terre est vieille, elle vous a
portés, humains, pendant plus d’un million d’années, il est grand
temps que vous preniez soin d’elle». La terre d’Afrique, à travers la
racine d’Iboga, me disait la même chose.
Comment ?
Je pense que la plante a procédé par communication directe avec mon système
neuro-végétatif. Je peux maintenant faire mienne l’hypothèse d’un
chercheur élaborée à partir de la prise d’Ayahuasca : l’ADN de
la plante communique avec l’ADN de l’humain par émissions lumineuses.
Cet hypothèse est de la plus haute importance pour nos neurosciences qui
s’arrêtent au support matériel (physico-chimique) de la pensée.
L’aspect lumineux de ce qui se passe à travers nous est peut-être ce qui
fait la différence entre pensée et conscience. Et la localisation de cette
conscience n’est sans doute pas le cerveau.
Nous
autres européens avons tout pensé ou presque…mais notre conscience est
celle d’un pré adolescent mal élevé. L’iboga m’a permis de changer
de paradigme, d’échelle de valeurs, de reconsidérer l’ordre des choses
et des civilisations.
Alain MARCEL
15 mai 2004
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Remarques
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